Shéma Régional d'Organisation Sanitaire

Publié le par eric montes

Intervention d’Eric Montes au nom du groupe Verts-PRG lors de la session au conseil régional sur le shéma régional d’organisation sanitaire 3

            Monsieur le Président, monsieur le Directeur de l'ARH (je vous souhaite la bienvenue en Picardie puisque vous êtes arrivé il y a quelques mois, ou revenu), madame la Vice-Présidente du Conseil Economique et Social, nos remarques ne varieront que très peu de celles qu'ont faites le Président de notre Assemblée ainsi que le président du groupe Socialiste et le président du groupe Communiste, ce qui prouve qu'au-delà de certaines péripéties que nous vivons parfois dans cette Assemblée, lorsque chacun analyse avec sérieux un même document, nous nous retrouvons sur l'essentiel. 

            La première remarque qui nous est venue à la lecture dense de ce document important et bien écrit (il faut le reconnaître, monsieur le Directeur), c'est qu'on retrouve toujours les mêmes diagnostics sur la santé et la morbidité des Picards — je m'abstiendrai de les répéter puisque vous les avez tous en tête — et, en même temps, les mêmes constats de manque de personnels médicaux et même paramédicaux, comme on le précise pathologie par pathologie dans ce document, de façon effrayante.

 

            A part quelques petites phrases ici ou là dans les chapitres dans lesquels on évoque quelques améliorations sans bien les préciser d'ailleurs, ce document ne fait que réitérer les mêmes diagnostics souvent catastrophiques Il y a parfois des statistiques qui font frémir. Quand on évoque, par exemple, au chapitre périnatalité, le taux de mortalité infantile liée au tabagisme et à l'alcoolisme des femmes enceintes qui est supérieur à la moyenne de toutes les régions. Pourtant, nous n'en sommes pas au premier SROS mais à sa troisième version, puisque les SROS durent cinq ans. Pour le SROS 1, on nous avait dit qu'on allait travailler sur ce point, programmer des actions, s'organiser en réseaux et apporter des moyen. A l’époque, les ministres de la santé étaient intervenus et je me souviens même que M. KOUCHNER avait lancé un programme de " rattrapage picard en termes de moyens ", hôpital par hôpital, comme Claude GEWERC l'a connu avec moi, sur Clermont.

                 Au moment du deuxième SROS, on nous a dit que ces cinq premières années ne suffisaient pas et qu'avec le deuxième SROS, on allait mettre le paquet parce que les mêmes constats étaient à déplorer, mais on en arrive au bout de dix ans avec le SROS 3 et on nous fait encore les mêmes constats sans même chiffrer les moyens à côté. Une question nous est venue donc insolemment à l'esprit : à quoi servent les SROS ?  En effet, tout le monde ne peut que partager les objectifs de la première page et du préambule puisqu'il est indiqué que le SROS est fait pour l'amélioration de l'état de santé des Picards, pour mieux organiser les soins, etc. Le problème, c'est que nous en sommes aujourd'hui au troisième schéma et que nous avons déjà dix ans d'expérience. Nous sommes donc en droit, en tant qu'élus, de nous demander à quoi servent les SROS, si ce n'est pour répéter les mêmes constats sans mettre les moyens au bout. Par contre, en revanche, ces dix dernières années, nous avons vu les fermetures de maternité, les baisses de moyens et les services restructurés dans certains territoires, souvent les plus fragiles. Ce sont des drames que nous avons vécus, combattus et dénoncés, mais cela a quand même eu lieu. De même, lorsque le document évoque les taux de fuite, certains m'ont fait mal au cœur : quand il est indiqué que, dans le sud de l'Oise, les premiers établissements de taux de fuite sont l'hôpital de Beaumont-sur-Oise et la maternité de Pontoise alors que nous étions nombreux à manifester contre la fermeture de la maternité de Méru et la transformation de son hôpital en centre de long séjour, on peut en conclure que le SROS 3 va se fixer comme objectif de réduire le taux de fuite que le SROS 2 a organisé.

              Nous sommes en droit de nous poser ces questions et non pas de dire bien sagement qu'on va faire le SROS et signer des accords de coopération et des conventions. Il faut maintenant nous poser des questions après dix ans d'expérience de SROS de son utilité, de sa pertinence et de son bilan.

             Ainsi, l'un des points positifs des SROS précédents avait été l'organisation en secteurs sanitaires à peu près cohérents autour de 70 000 habitants, les huit à neuf secteurs que nous connaissions jusqu'à présent. Ils avaient été installés dans la difficulté, mais, d'année en année, les praticiens, les hôpitaux et les élus s'étaient mis à travailler ensemble et en réseaux. On l'a constaté sur la sécurité pédiatrique, sur les maternités de niveaux 1, 2 et 3,sur les réseaux d'urgence, sur les accueils de SMUR et même sur l'informatisation des dossiers médicaux et des relais. Il fallait donc continuer dans cette dynamique qui correspondait, même si c'étaient des secteurs plus grands, à la logique de territoires que nous défendons dans cette Assemblée régionale. Malheureusement, patatras ! Dans le SROS 3, on décide que c'est fini et qu'on créée quatre territoires de santé. J'ai presque l'impression qu'on a redivisé la Picardie en quatre départements au lieu de trois, en quatre immenses territoires de santé. La seule explication que j'ai cherchée page par page est de nous expliquer qu'il y avait une réflexion nationale pour passer de 230 secteurs à 150 territoires, ce qui est insuffisant pour nous. Cela correspond peut-être à certaines choses ailleurs, mais, en Picardie c’est une erreur ! Nous l'avions d'ailleurs dit à votre prédécesseur, il y a un an, monsieur le Directeur, quand elle nous a présenté ce projet avec ses quatre territoires gigantesques. Nous ne sommes pas contre par conformisme mais parce que nous savons, du fait de nos expériences d'élus, la difficulté que représente le fait de faire travailler des hôpitaux ensemble dans des secteurs cohérents de territoire. Alors que nous commencions à avoir des résultats, on nous renvoie la balle en l'air et beaucoup plus loin sans nous donner aucune assurance d'y arriver. Nous avions prévenu votre prédécesseur. Malheureusement, je vois que cela n'a pas été pris en compte.

            Cela nous amène à nous interroger sur l'efficacité de la concertation dans ce genre d'exercice. S'il y avait bien un point, sur tous les bancs de l'assemblée régionale, sur lequel nous avions un consensus, c'était bien le refus de cette territorialisation en quatre grands territoires et on voit qu'un an après, on l'indique dès le début du document comme conditionnant l'ensemble. Le Conseil régional ne va pas servir qu'à payer un hélicoptère supplémentaire, sachant que nous payons déjà l'hélicoptère actuel, ou les investissements que notre collègue vice-présidente nous amène à chaque commission permanente. Quand il y a des points forts sur lesquels tous les élus, quelle que soit leur couleur politique, leur région ou leur lieu d'élection, affirment leur désapprobation, il faudrait les écouter.

            Pour finir, je souhaite évoquer les pathologies. Je ne vais pas les décliner toutes puisqu'elles sont décrites une par une, mais je vais quand même faire deux ou trois remarques. La première, celle qui a sauté le plus aux yeux des élus de notre groupe parce qu'elle fait le lien avec d'autres discussions que nous avons sur le développement économique durable et sanitaire durable, relève de la place faite à la politique de prévention. Tout le diagnostic médical qui est fait dans la première partie indique comme raison essentielle de mortalité, de morbidité et de maladie des Picards l'alcoolisme, le tabac et leur mauvaise hygiène alimentaire mais la prévention arrive au chapitre 22 après que toutes les pathologies soient énumérées, juste avant l'informatique et les transports. Si on voulait être cohérent, il faudrait replacer la politique de prévention sanitaire en première partie, c'est-à-dire juste après la partie générale, afin d'en faire un axe fort de la politique régionale de santé, puisqu'on dit que ce sont ces problèmes de mauvaise alimentation et de mauvaises habitudes qui provoquent le plus de maladies.

               Ma deuxième remarque concerne la périnatalité. Effectivement, chat échaudé craint l'eau froide parce que nous avons vu les maternités de moins de 300 accouchements tomber les unes après les autres il y a quelques années (Corbie, Ham, Guise, Méru, etc. Dans le secteur 6, nous nous sommes battus sur Clermont (j'en prends à témoin Claude GEWERC), qui n'est d'ailleurs plus à 407 (comme l'indique le document) mais à 465 accouchements et, alors que cette bataille a été soit gagnée, soit perdue selon les hôpitaux, on nous monte la barre à 500 ! Est-ce que, lorsqu'on aura atteint les 500 accouchements, le SROS 4 nous dira qu'il faut mettre la barre à 800 ? Ce sont des interrogations lourdes qui doivent être éclairées en plus des moyens afférents.

              Sur les trois secteurs essentiels d'un hôpital que sont les urgences, la chirurgie et la périnatalité/maternité, on nous ressort des préconisations qui peuvent être vues de façon optimiste ou pessimiste. Sur les urgences, vous évoquez quatre niveaux (niveau de proximité, niveau intermédiaire, niveau de recours et niveau de référence) en précisant à chaque fois les préconisations, mais, d'expérience, on a envie de demander si l'administration sanitaire va donner des moyens aux hôpitaux pour atteindre ces préconisations afin que les Picards soient mieux soignés ou si on va s'en servir pour dire : " Vous n'atteignez pas ces préconisations et on va donc fermer vos urgences ou on les descend d'un degré ", comme cela a été le cas au moment des SAU et des UPATOU. Il en est de même pour la chirurgie avec les 2 000 actes. Cela me rappelle les 300 accouchements. Va-t-on dire " Sus aux services de chirurgie qui ne font pas 2 000 actes ! " ou pourra-t-on discuter des réseaux, de la chirurgie programmée et de la chirurgie d'urgence ?

           On peut faire une bonne politique de santé en Picardie sans pessimisme, sans mea culpa et sans se battre la coulpe, mais il faut tous aller dans le même sens et ne pas se payer de mots. Si c'est pour améliorer la santé, on fera le SROS avec les indications qu'on nous donne, mais si c'est pour nous raconter encore des histoires pour désorganiser la santé, nous ne pourrons pas approuver et être complices.

 Session sur la santé du 15 mars 2006

Publié dans interventions d'élu

Commenter cet article