Une journée extraordinaire à la Région !

Publié le par eric montes

Vendredi 24 novembre Amiens Conseil Régional de Picardie. Nous allons vivre une séance extraordinaire qui est l’aboutissement de 18 mois de guérilla incompréhensible et infernale de Maxime Gremetz envers Claude Gewerc.

Après la campagne électorale, nous avions connu quelques mois d’idylle entre le président socialiste et son premier vice président communiste, dont j’ai failli faire les frais à l’époque de mon recours au conseil d’Etat pour retrouver mon siège perdu par une erreur de calcul de la préfecture. Je me souviens d’une rencontre à la buvette de l’assemblée nationale où les deux compères tentaient « fraternellement » de  me convaincre de renoncer au recours pour une vague place d’attaché salarié dans l’administration régionale. Leurs rapports ont commencé à se dégrader progressivement. Ce fut d’abord au premier budget primitif 2005 où Maxime, alors suivi par tous les élus communistes, contestait avec beaucoup de démagogie l’augmentation des impôts, puis s’interrogeait sur l’opportunité des emplois solidaires, mesure phare des régions passées à Gauche, les mettant en concurrence avec les Contrats Avenir Emploi Borloo. Le groupe communiste avait posé des amendements sur tous les sujets et avaient joué de la menace du vote contre pour « gratter » quelques postes ou avantages en nature. Personnellement, autant je suis sensible à un certain ouvriérisme ou, du moins, l’intérêt pour la classe ouvrière, porté par Maxime et les communistes, autant je méprise toutes leurs pratiques directement issues du l’époque stalinienne où les luttes ouvrières sont mises en avant pour obtenir des avantages politiciens. Maxime en use et en abuse en y ajoutant une pratique permanente de la violence verbale et de la colère théâtrale. J’ai été sidéré de constater comment ce cinéma a fonctionné avec Gewerc et les socialistes pendant des mois, cédant aux oukases, donnant des postes, des voitures, retirant le champagne du bar après une colère du député, offrant des responsabilités exorbitantes : quatre vice présidences dont les transports, l’économie, les sports, des présidences d’organismes prestigieux comme le comité régional du tourisme ! Mais Maxime ne voulait pas gérer l’exécutif régional. Il avait sa vision très partisane de la vice présidence économique : soutenir la CGT dans tous les conflits en Picardie, accessoirement faire le « médiateur » avec les patrons mais avec des résultats médiocres comme Abélia Décors d’Abbeville. Par contre, Maxime est passé maître dans l’art d’utiliser la fonction pour faire constamment parler de lui et occulter les sujets de fond. Mais au final, c’est un tigre de papier auquel il faut opposer une grosse détermination. J’ai eu droit aux pressions quand Maxime menaçait de « tout faire péter » si je gagnais mon recours car « en aucun cas, sa protégée Charlotte ne quitterait l’assemblée ». Je n’ai pas cédé (et j’ai bien fait de ne pas écouter certains conseils de socialistes apeurés) et le jour de mon retour, Maxime et les communistes ont quitté la séance : point final !

La première personne qui a contesté ce cinéma et  créé une faille fut Michèle Cahu, élue de Saint Quentin. Infirmière antiraciste venue au PCF dans la vague d’ouverture de Robert Hue, Michèle est vite montée en responsabilité dans la fédé axonaise et fut choisie comme tête de liste. Mais Michèle, qui ne doit rien à Gremetz, ne va pas se reconnaître dans ses méthodes et ses combines. Très vite elle se met à l’écart du groupe suivi par Viviane Claux, élue d’Arcelor et de Montataire, et vote le budget 2005 en réprouvant le carnaval monté par Maxime. Dès ce vote, fin 2004, Michèle avait demandé la modification du règlement pour pouvoir faire un groupe de deux élues mais le président et le PS avaient botté en touche, voulant privilégier la « négociation » avec le député de la Somme.

 

 

 En guise d’apaisement surviendra l’affaire de l’ARH. Lors d’une séance houleuse où il bataillait avec le président, l’assemblée doit élire ses représentants à l’Assemblée Régionale de l’Hospitalisation qui désire réduire les moyens des hôpitaux picards. Le président veut absolument siéger avec la vice présidente PS à la santé, mais Maxime réclame la diversité politique et souhaite épauler le président contre les « technos » de l’assurance maladie. Les deux s’entêtent et Maxime présente sa candidature en concurrence. Il y a beaucoup de va et vient pendant l’interruption de séance et au dépouillement du vote Maxime est élu avec Géwerc : stupeur ! Le décompte est vite fait : 8 voix PCF + 15 voix UMP/UDF + 8 voix FN = 31 voix soit la majorité : majorité de circonstance et non alternative mais c’est la faute qu’espéraient les socialistes pour lancer l’opprobre sur le député amiénois ! Il suffisait que Maxime, ayant fait sa démonstration de force renonce à cette élection contre-nature qui rappelait trop les mauvais souvenirs de l’époque Baur pour dégonfler la baudruche mais il s’obstine et menace même de procès Gewerc qui l’accuse de collusion avec les frontistes.

Dans la foulée le président retire la délégation économique à Gremetz et les avantages en nature y afférant. La guerre de tranchées est lancée et va polluer les travaux du conseil pendant plusieurs mois. A partir de là Maxime deviendra le premier vice président délégué à l’opposition systématique. Pour contourner le trublion, le PS va pressionner les autres membres du groupe qui font bloc avec leur chef, surtout les vice présidents Beurdeley et Chapuis-Roux qui s’habituent cahin caha aux responsabilités et à leurs statuts. Cà prendra du temps mais le fameux procès en diffamation sur l’ARH fera exploser le groupe PCF. Au moment des auditions, le pot aux roses est découvert : Chapuis Roux reconnaît avoir négocié sur consigne de Maxime le vote de l’UMP et du FN, propos corroborés par Fontaine de l’UMP et Guiniot, le leader frontiste : pas brillant pour des « grands militants ouvriers anti-fascistes » ! Un groupe « communistes et progressistes » est créé autour de  Viviane Claux avec trois élus qui avaient toujours suivi Maxime jusqu’à présent : Beurdeley, Chapuis Roux et Françoise Van Ecke. Michèle Cahu, cohérente avec ses principes anti-FN refuse de cautionner ce nouveau revirement qui absout les uns pour n’accuser que les autres. A sa demande, nous l’accueillons avec enthousiasme au groupe Verts-PRG en mai 2006. Des huit élus (et même les neuf  avec Charlotte début 2004) « communistes et républicains » présidé par Maxime, il reste deux groupes, un de quatre élus et un autre de trois, les deux syndicalistes Belpaume et Tournay, étant restés fidèles à leur tête de liste « Colère & Espoir ».

 

 

 Le coup de théâtre judiciaire de la rentrée va provoquer le dernier acte de ce vendredi. De façon incroyable, les protagonistes ayant reconnu les faits, le tribunal d’Amiens condamne Gewerc pour diffamation avec un attendu des plus surprenants : les faits de collusion avec le FN sont avérés mais le président ne les connaissait pas, donc il a diffamé et doit payer des dommages financiers à Maxime qui a pourtant bien négocié avec les fachos : ahurissant !

Ecoeuré et vexé, le président est (enfin) décidé à en finir et débarquer de l’exécutif le député devenu son premier opposant. Il demande aux 14 autres vice-présidents de démissionner pour provoquer la réélection d’un nouvel exécutif.

Vendredi 24, la procédure a été organisée au millimètre jusqu’aux vigiles à l’entrée pour empêcher les potes de Maxime d’envahir l’assemblée. Claude Gewerc suivra le règlement du code des collectivités, à la virgule près : constatation des démissions, appel à candidatures, constatations de la multiplicité de candidats qui oblige à réélire la commission permanente puis élection des vice-présidents. Le comique fut de pénétrer dans une assemblée où il ne restait plus que deux personnes au perchoir présidentiel : Claude et Maxime ! La Droite qui se gobergeait depuis des mois de la situation conflictuelle des deux hommes se drapait dans sa dignité pour faire une leçon de morale et quitter les lieux, çà les arrangeait comme ils sont pour la plupart maires, les conseillers UMP ne restent jamais longtemps siéger en séance laissant Elodie et Saint Aubin, le président de la chambre des artisans, assurer la présence. Le FN espérait une Nième manoeuvre de Maxime pour semer la confusion. Pourtant ce dernier après avoir fait le pitre avec un appareil photo, entrant et sortant de la salle des délibérations, n’a pas fait le coup de force. Il n’est même pas venu voter pour la commission permanente s’excluant de fait avec ses deux derniers fidèles. Sentant la détermination froide de Claude Gewerc, il préférera tenter de rebondir sur le terrain judiciaire qu’il ne manquera pas d’appeler à la rescousse.  L’UDF a joué le jeu démocratique comme nous, les Verts et les Radicaux, déplorant ce triste spectacle qu’a montré l’institution régionale. Tous les médias sont venus à grand renfort de caméras et d’appareil photos : ils ont leur part de responsabilité dans l’image brouillée du CRP en ne s’intéressant qu’à ce capharnaüm et relatant bien légèrement les politiques mises en œuvre pour les picards. Je pense qu’il serait vraiment temps d’aider l’émergence d’une télé régionale picarde qui retransmettrait les débats comme le fait France 3 avec les questions d’actualité à l’assemblée nationale : les citoyens se feraient une idée plus exacte de notre travail que les seuls moulinets de Gremetz s’étalant dans la presse locale.

Restaient dans l’après midi à réélire les vice présidents. Cette question fut au cœur d’une longue discussion ces dernières semaines entre les trois groupes politiques de la Gauche. En effet les communistes « officiels et relégitimés par Marie George Buffet en personne » réclamaient les quatre vice présidences inscrites dans l’accord du 2ème tour de l’élection comme si de rien n’était et même s’ils ne sont plus que quatre ! Ils exigeaient le retrait de la vice présidence à Michèle Cahu devenue une hérétique (plus que Maxime !), siégeant dans « un groupe qui a voté Oui au référendum européen » dixit un communiqué commun des trois fédérations PCF de Picardie. Bien sur, nous sommes contre et nous estimons que les cocos sont tous responsables de leurs problèmes. Le groupe Vert-Radicaux-Communiste compte maintenant huit membres dont 3 vice-présidents. Toutes ces turbulences ont inversé les rapports de force numériques en deux ans et nous demandons, pour le principe, la 1ère vice présidence symbolique pour Arnaud Caron et la 15ème vice présidence pour Fatima Abla. Le président et les socialistes, décidément, toujours aussi conciliants avec leur vieil allié ne l’entendent pas ainsi : la 1ère vice présidence ira à Daniel Beurdeley et la 15ème à Françoise Van Ecke mais Michèle gardera sa vice présidence à la coopération internationale qu’elle assure avec passion et discernement. Les communistes, même épuisés et divisés, restent les partenaires privilégiés des socialistes !

Bon, nous ferons avec, l’essentiel est de redonner une image de sérieux et de braquer les projecteurs sur les politiques mises en place par la région et non les querelles politiciennes. Maxime était devenu complètement incontrôlable et incontrôlé, espérons que cette journée et cette destitution le ramènera à plus de mesures…Nous verrons bien, d’autant que les tribunaux seront sûrement sollicités et viendront se mêler aux débats. Dès jeudi, nous débattrons du projet de budget 2007 et les picards reviendront au centre des préoccupations du conseil régional de Picardie….Je l’espère...

Publié dans libre opinion

Commenter cet article