l'Aisne est en deuil

Publié le par repris de l'Union de l'Aisne du 4 septembre

Le sénateur Radical de l’Aisne Jacques Pelletier est décédé

 

Au fronton de la mairie de Villers-en-Prayères, le drapeau tricolore est en berne. Sénateur de l'Aisne, maire de Villers-en-Prayères et ancien ministre, Jacques Pelletier est décédé dans la nuit de dimanche à lundi à l'hôpital du Val-de-Grâce, où il avait été admis à la mi-août après un accident vasculaire cérébral. Il avait 78 ans. Sa disparition a suscité de très nombreuses réactions, pour saluer notamment « l'homme d'ouverture ».

Atavisme politique

Si le Premier ministre, François Fillon, a dès hier salué l'un des « serviteurs les plus éminents de la République », c'est bien celui qui était son premier magistrat depuis 1953 que pleure aujourd'hui la centaine d'habitants du village du canton de Braine, dont il fut également le conseiller général pendant pas moins de 45 ans.
Dans sa commune, dont il ne s'est jamais éloigné malgré les responsabilités importantes qui lui ont été confiées au niveau national, on gardera avant tout l'image d'un homme « resté simple », « généreux » et « fidèle, tant en amitié qu'en politique » comme le soulignait lundi après-midi son collègue sénateur Paul Girod, en voyage au États-Unis.
Membre de la Haute assemblée depuis 1966 — où il présidait le groupe du Rassemblement démocratique et social européen (RDSE) -, Jacques Pelletier eut aussi la charge de présider le conseil général de l'Aisne de 1964 à 1979.
« Mon arrière-grand-père, Georges Pelletier, a été conseiller général radical de Braine au début du XXe siècle. Il y avait donc un atavisme politique » confiait-il à l'union à l'heure de quitter l'Assemblée départementale, en 2004.

Ministre d'ouverture

Cette hérédité, Jacques Pelletier l'aura d'ailleurs largement assumée en étant l'élu du canton de son aïeul pendant près d'un demi-siècle mais en occupant parallèlement les plus hautes fonctions, en qualité de secrétaire d'État à l'Éducation dans le gouvernement de Raymond Barre (1978-1980) puis comme ministre « d'ouverture » de la Coopération et du Développement dans celui de Michel Rocard (1988-1991), avant d'être Médiateur de la République de 1992 à 1998.
Jacques Pelletier se voulait ainsi un « pragmatique » et disait « regretter les heurts » qui ponctuaient parfois le vote du budget départemental.
Cet ancien agriculteur se voulait résolument « à la disposition des gens ».
Avec la disparition de Jacques Pelletier, l'Aisne perd l'une de ses personnalités politiques les plus importantes mais aussi un personnage dont chacun souligne surtout, depuis hier, les « immenses qualités humaines ».
Ses obsèques seront célébrées ce jeudi 6 septembre à 15 heures en la cathédrale de Laon. À sa famille et à ses proches, l'union adresse ses sincères condoléances.

Des réactions émues : « L'Aisne est en deuil »

Yves Daudigny, président du conseil général de l'Aisne : « Mon sentiment est d'abord marqué par une très grande tristesse et une très forte émotion. Mes pensées vont vers Mme Pelletier et ses enfants, toute la famille durement touchée. Je crois qu'il n'est pas trop fort de dire aujourd'hui que l'Aisne est en deuil. Jacques était connu et surtout aimé de tous et de toutes. Pour son engagement dans la vie publique mais aussi et surtout pour ses qualités humaines, sa disponibilité, son écoute, sa grande tolérance, sa philosophie humaniste et sa recherche d'une société apaisée et de dialogue. C'est peu de dire que sa carrière fut unique et exceptionnelle. Il y a ainsi sa présence aux gouvernements de Giscard d'Estaing et de Mitterrand au nom de l'ouverture. C'est bien là le trait saillant de l'engagement de Jacques Pelletier. Si je devais choisir un seul moment de sa présence au conseil général où il a siégé quarante-six ans, je choisis sa déclaration du 18 novembre 2002. Il y invite tous les démocrates à combattre le fléau de l'extrême droite en France et dans l'Aisne ».
Xavier Bertrand, ministre du Travail : « Je l'ai vu la semaine dernière au Val de Grâce où il était hospitalisé. C'était quelqu'un que j'aimais beaucoup. Jacques Pelletier me renvoie à mes premiers pas au conseil général, à une époque où l'assemblée accueillait de grandes figures politiques comme Jacques Braconnier et Paul Girod. Jacques Pelletier représentait à la fois un symbole de longévité politique, en commençant sa carrière très jeune, et puis aussi d'ouverture. Il adoptait un positionnement d'équilibre, n'appréciait pas les outrances partisanes. C'était quelqu'un de très attaché au respect de l'autre, à l'écoute. Il avait le sentiment que si chacun se parlait au-delà des frontières politiques, les solutions étaient meilleures. Quand j'ai effectué mes premiers pas au gouvernement, j'ai mesuré l'importance de cette personnalité au Sénat dans un groupe charnière où il assumait un rôle clé. C'était à la fois une figure départementale et nationale. En tant que ministre, il continuait à tenir régulièrement des permanences à Villers-en-Prayères. Moi-même, si je suis présent chaque fin de semaine à Saint-Quentin, je sais que c'est parce que j'ai été marqué par sa disponibilité ».
Antoine Lefèvre, maire de Laon, conseiller régional : « J'ai eu la chance de connaître Jacques Pelletier avant d'être moi-même élu. Je connaissais son fils qui est décédé il y a plusieurs mois. J'ai toujours été impressionné par la modestie et la simplicité de Jacques Pelletier. C'était quelqu'un de toujours disponible même
lorsqu'il exerçait les plus hautes fonctions. Pour la jeune génération d'élus, c'est véritablement un exemple alors qu'il s'est engagé lui même très tôt en politique. Il y a aussi un autre point important à mes yeux : Jacques Pelletier avait compris que les problèmes ne sont pas de droite ou de gauche mais qu'il faut avant tout les régler ».

Un pont entre la droite et la gauche

Jean-Pierre Balligand, député et conseiller général : « D'abord c'était quelqu'un de très attaché à l'Aisne. Cela tient sans doute à ses origines agricoles. Il avait été mis en selle très tôt par Blondelle. C'est comme cela que sa carrière a été lancée. Il est ainsi devenu le plus jeune président de conseil général de France. Il est toujours resté fidèle à cette assemblée. Déjà, lorsqu'il était secrétaire d'Etat sous Giscard d'Estaing, il venait aux séances du conseil général du lundi matin. Les autres élus pouvaient ainsi lui demander une intervention. Cela a été aussi le cas lorsqu'il est devenu ministre de Mitterrand et puis médiateur de la République. Jacques Pelletier était très attaché aux élus et disposait d'un formidable réseau. Cela lui a ainsi permis sa longévité en tant que sénateur. Il était très attentif à un certain nombre de valeurs, comme les droits de l'homme. Notamment lorsqu'il est devenu ministre de la Coopération. Il avait tendance à former un pont entre la droite et la gauche. C'était un pacificateur plutôt que quelqu'un qui mettait le feu. C'est une grande figure de l'Aisne qui disparaît, peut-être la plus grande ».
René Dosière, député : « Le décès de Jacques Pelletier me cause une grande tristesse. Refusant la dictature des idéologies, Jacques Pelletier, démocrate social depuis toujours, agissait au service du bien commun, avec des gouvernements de droite et de gauche, convaincus de la nécessité de rassembler les Français pour atteindre deux grands objectifs : la construction européenne et le développement de l'Afrique ».
Olivier Lazo, président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme : « La Fédération départementale de l'Aisne de la Ligue des Droits de l'homme exprime sa profonde tristesse. Notre camarade et ami Jacques Pelletier, membre de la section de Laon, nous a, durant tant d'années, accompagnés, fût-ce de loin dans tous les combats pour les progrès des droits de l'homme. Homme de convictions et de modération, il a toujours avec talent montré l'exemple…»
Frédéric Naud, membre du bureau fédéral et secrétaire national du PRG : « Curieux, sensible, et disponible pour tous malgré l'âge et malgré les charges Jacques Pelletier n'a eu de cesse d'exercer ses mandats et sa fonction en homme libre […] Jacques Pelletier s'est toujours efforcé de réunir ce qui est épars et écarter ce qui divise. Avec son décès la république perd un serviteur dévoué et sensible. Un homme de bien est mort. »

Propos recueillis par T. de L.

Publié dans actualité politique

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