Conseil Régional de Picardie : c’était la dernière séance !

Publié le par eric montes

la tribune du crp 

Vendredi 12 février, nous avons participé à la dernière session de la mandature 2004-2010 du conseil régional. Ambiance étrange, courtoise et tendue à la fois. Tous les élus présents qui se côtoient  depuis des années se retrouvaient pour une dernière fois avec chacun en tête un avenir différent.

 

Les anciens qui  ne se représentaient plus et faisaient leur adieu à l’institution, les élus non reconduits par leur parti assuraient leur mandat jusqu’au bout non sans un pincement au cœur, les élus certains d’être réélus car figurant  dans les premières places de leur liste affichaient leur sérénité, les élus candidats  à  des places tangentes dépendantes du scrutin et des fusions de 2ème tour ne pouvaient masquer une certaine inquiétude, des élus candidats sur des listes incertaines d’obtenir des élus affirmaient  leur combativité  et leur détermination (sans forcément convaincre), enfin des élus qui ont choisi une nouvelle orientation hors de la politique s’amusaient de cette ambiance avec un certain détachement.

Parmi les anciens Claude Du Granrut très souriante m’a fait quelques « confidences » en prenant son café avant les débats : à 80 ans elle achevait 30 ans de mandat ininterrompu à la région dont vingt ans dans l’exécutif  aux côtés de Charles Baur. L’an dernier elle avait fait ses adieux à son mandat municipal de Senlis après avoir servi 31 ans la ville. N’ayant plus de mandat en avril elle quittera le forum européen des régions où elle siégeait depuis la création de l’institution !  Cela ne l’a pas empêchée durant les débats au détour d’une délibération sur la formation de dresser un bilan négatif de l’action de la Gauche, démontrant plus de pugnacité que la tête de liste UMP Caroline Cayeux.


D’ailleurs on s’attendait à une foire d’empoigne pour la dernière séance en pleine campagne électorale : il n’en a rien été. Déjà  le « trublion en chef » Maxime Gremetz était absent et n’a pas profité de cette dernière pour semer la pagaille comme il a fait ces dernières années. Ensuite Caroline Cayeux et ses colistiers UMP sont restés étrangement tranquilles, ne prenant jamais la parole et votant toutes les délibérations. Du coup Claude Gewerc présida les débats avec une sérénité de sénateur laissant Guiniot, le leader du FN, assurer tout seul le spectacle.

 

Les sondages donnant plus de 10% au Front National en Picardie, Guiniot, rassuré pour sa réélection, se considère comme chez lui dans l’assemblée : il a multiplié les anathèmes limite racistes, les commentaires désobligeants tout azimut, les plaisanteries douteuses sur tel ou tel vice président. Il  a conclu la séance par le dépôt d’une motion nauséabonde demandant le départ de tous les immigrés de France sur la base du débat bidon du gouvernement sur l’identité nationale. Je n’ai pas manqué une dernière passe d’arme avec le frontiste et j’en ai profité pour pointer aux élus UMP la responsabilité de Sarkozy et Besson dans ce regain d’influence du FN. Il y avait pour la première fois depuis 1986 la possibilité d’éliminer les élus d’extrême droite du conseil régional, visiblement il n’en sera rien et Guiniot deviendra le conseiller régional le plus ancien dans le prochain mandat. La mansuétude du président et le silence du groupe PS qui s’est contenté de voter contre sans commentaire resteront pour moi un désaccord de fond. La Gauche ne peut s’accommoder par principe et sur le fond de la permanence d’un vote Front National élevé dans notre région et donc de leur présence dans l’assemblée régionale !

 

Malgré la division de la Gauche pour le scrutin de mars qui présente elo crpsix listes, la Droite a l’air résignée et s’attend à la défaite. Les élus non reconduits sur la liste « Envie de Picardie » ne sont pas venus vendredi montrant par leur absence leur désappointement. Alain Babaut, le maire de Corbie, qui ne décolère pas de son éviction au profit d’un chasseur du CPNT a fait mieux : il est venu pour manifester son mécontentement et n’a pas siégé avec ses collègues ! Elodie Gossuin pourtant 7ème sur la liste de l’Oise ne cachait pas son inquiétude, me rappelant que seuls six élus de droite avaient été élus en 2004. Seul Bastien Millot était décontracté : il a choisi de mettre sa carrière politique entre parenthèses pour son nouveau job de chroniqueur radio mais il a rappelé au détour d’un algarade du FN sur le conseil des jeunes élus qu’il  est encore très jeune et qu’il prend date pour l’avenir…

 

Marie Jeanne Potin qui a quitté les Verts pour le Parti de Gauche et a pris la marie jeanne en séancetête de liste du Front de Gauche dans l’Aisne. Elle a retrouvé un enthousiasme d’adolescente et remontait le moral de Viviane Claux, la dernière communiste de l’assemblée fidèle au PCF : les 5% pour le Front de Gauche sont possibles, il faut se battre ! France Mathieu, la tête de liste MoDem, était soulagée : elle avait pu enfin boucler ses listes malgré les problèmes de sa fédération de l’Oise et pouvait enfin répondre aux journalistes qui commençaient à penser que le mouvement de François Bayrou ne partirait pas en Picardie. Elle croit aux 5% pour fusionner à Gauche comme le Front de Gauche (mais qui ne veut pas du Modem) et comme les Verts qui veulent atteindre les 10% pour être inévitables ! Le casse tête pour la fusion des listes de Gauche le soir du premier tour risque d’être épique ….

 

le groupe verts prgLes Verts sont en campagne et se préparaient à enregistrer leur vidéo sur le net après la session. Après le départ de Marie Jeanne pour le Front de Gauche et la défection surprise de  Pascal Dacheux (qui finalement ne se présentera sur aucune liste), nous avons fini le groupe Verts-PRG à six membres : Isabelle Maupin, Fatima Abla, Michèle Cahu, Franck Delattre, Arnaud Caron et moi-même. Pour l’anecdote en mars 2004 le groupe avait également débuté avec six membres : Michèle était encore communiste et je ne suis arrivé qu’en octobre !  Arnaud Caron avait quitté le froid polaire de Vesoul pour la dernière séance. Après douze années de mandat à porter le message des Verts, Arnaud change d’univers depuis sa réussite au concours de l’ENA. Il finit son stage de sous préfecture dans quinze jours : il aura connu Vesoul l’hiver ! Comme il me dit en souriant « Il y a une vie après le conseil régional !... »

 

Cela vaut également pour moi, puisque je ne me représente pas. Après dix années à la région à  porter le message Radical, je laisse place à une nouvelle génération de jeunes élus ruraux : Fabrice Dalongeville, maire d’Auger Saint Vincent dans le Valois et Josiane Baeckelandt, maire de Froissy sur le plateau picard. Nous espérons également l’élection de notre amie axonaise Sylvie Hubert de Soissons et de l’amiénois Bertrand Cuvelier, président de l’agence pour le Picard. Si tout se passe bien, en cas de victoire de la Gauche, le PRG aura un groupe autonome et au moins une vice présidence.

En 1997, en arrivant en Picardie, je voulais démontrer que le Radicalisme pouvait se déveeric dernière sessionlopper si on s’en occupe et qu’on défend sans faiblir ses valeurs et son drapeau. J’ai eu la réussite et l’honneur d’être le premier militant Radical élu comme tel dans l’assemblée de Picardie depuis 1986 et l’élection au  scrutin direct. Nous furent deux élus avec Fatima Abla en 2004 avec un groupe commun  Verts-PRG et j’espère que quatre Radicaux nous remplaceront et constitueront le groupe PRG en avril prochain…

Le Radicalisme au passé si glorieux dans notre région, est redevenu une réalité politique actuelle et a même un avenir … Je suis très fier d’avoir contribué à cette renaissance et je quitte ainsi l’assemblée régionale avec le sentiment du devoir accompli.

 

Publié dans libre opinion

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