Une brève histoire du Radicalisme dans l'Oise

Publié le par eric montes

L’Oise devient progressivement un bastion du radicalisme pendant la première moitié du Vingtième Siècle Le parti radical-socialiste domine la vie politique isarienne à la veille de la Seconde Guerre Mondiale. Il détient le Conseil général, plusieurs dizaines de municipalités dont Beauvais et Clermont. En 1936, quatre des six députés du Front Populaire sont des Rad-Socs :  Jammy-Schmidt & Raoul Aubaud dans le Beauvaisis, Armand Dupuis dans le Centre Oise et André Mellenne sur le Compiégnois.

 Plusieurs facteurs expliquent cette suprématie. Tout d’abord, la sociologie de l’électorat, le département reste à l’époque un territoire essentiellement rural constitué de petites propriétés paysannes. Seules 26 communes sur 702 dépassent les 2000 habitants. Cependant, ce faible taux d’urbanisation n’empêche pas les isariens de travailler plus que la moyenne nationale dans l’industrie et les services. Ce n’est donc pas un hasard si cette population ouverte à la modernité mais encore peu urbanisée soit réceptive aux idées de la gauche modérée. Le parti radical-socialiste dispose également d’une fédération départementale, très active, forte de 2500 adhérents et de nombreux comités cantonaux et municipaux. Il peut aussi compter sur des réseaux influents dans la presse et le monde associatif. Les deux principaux journaux locaux La République de l’Oise pour le Beauvaisis et La Gazette de l’Oise pour les régions de Clermont et Compiègne sont des organes officieux du parti radical-socialiste. Les radicaux infiltrent aussi largement les Jeunesses Laïques et Républicaines, la Libre Pensée, et la Ligue des Droits de l’Homme. Mais le réseau le plus développé et le plus intégré est sans aucun doute la franc-maçonnerie. L’appartenance à une loge est un passage obligé pour tout homme qui souhaite faire carrière au sein de la fédération de l’Oise. Ce lien étroit prend tout son relief avec Jammy Schmidt. Vénérable de la loge beauvaisienne de l’Espérance, maire de Crèvecœur le Grand, président du Conseil général, député et ancien ministre, il est considéré comme le porte-parole des élus francs-maçons à la Chambre.

 Les radicaux-socialistes du département, empreints d’une longue tradition anticléricale se situent majoritairement dans l’aile gauche de leur parti. Le journaliste et député de Beauvais, Raoul Aubaud, négocie d’ailleurs au nom de son mouvement, les accords nationaux du Front Populaire avant de devenir Sous Secrétaire d’Etat à l’Intérieur dans les cabinets de Léon Blum.

 La guerre constitue une ligne de fracture pour les radicaux du département. Le parti sort au niveau local très affaibli du conflit et sa perte d’influence est réelle. Des élus sont morts dans les affrontements ou dans la résistance comme Jean Corroyer, d’autres ont quitté l’Oise pendant les années sombres comme Jammy-Schmidt. De plus, la naissance du parti gaulliste, le RPF, entraine une partie des Radicaux à quitter le Parti pour suivre le Général. Enfin le système électoral de la nouvelle IVème république est le scrutin de listes proportionnel pour cinq députés, ce qui ne favorise plus l’implantation locale de circonscription. Néanmoins Armand Dupuis qui échoue aux sénatoriales de 1946, va créer l’Union des Maires de l’Oise.

En 1955, un nouveau personnage va relancer l’influence radicale en s’appuyant sur la presse : Robert Hersant rachète l’Oise Matin et lance des campagnes de communication « à l’américaine » avec la venue de Luis Mariano ou l’actrice Martine Carol. Elu conseiller général de Liancourt début 1956, Hersant recrée un groupe Radical-socialiste au Conseil Général avec Séné de Beauvais. Il mène la liste Radicale  départementale aux législatives de 1956 sous la coupe nationale de Mendès-France et réalise le score « énorme » de 22%  (11% pour la SFIO, 28% pour le PCF) et est élu député (avec 1 SFIO, 1 PCF,  1 Droite et 1 poujadiste). En 1958 et le retour aux circonscriptions, Hersant restera vingt ans député du centre Oise.

En 1972, la scission du vieux Parti Radical-Républicain et Radical Socialiste va plonger ce courant politique dans les difficultés. Hersant suit la majorité de Servan Schreiber dans le Parti Radical Valoisien qui se retrouvera très vite une composante de la  nouvelle UDF de Giscard d’Estaing et sera battu comme candidat UDF aux législatives de 1978 par le communiste Raymond Maillet. La minorité de Gauche lance le mouvement Radical Socialiste rebaptisé « Mouvement des Radicaux de Gauche » en 1973 avec Pierre Bracque, secrétaire général. Elu maire adjoint de Beauvais en 1977 avec Walter Amsellem, Bracque est devancé par le communiste Jean Sylla sur la circonscription de Beauvais l’année suivante. En 1978 il n’y a plus de députés issus du Radicalisme dans l’Oise…

En 1973 trois conseillers généraux se revendiquent du Radicalisme : Raymond Laffolley de Songeons pour le Parti Radical Valoisien, Guy Moreau de Betz pour le tout nouveau Mouvement des Radicaux de Gauche et Gérard Palteau de Pont, resté fidèle à Mendès France qui est parti au PSU : division et confusion !  

En 1981 Raymond Laffoley  soutient François Mitterrand à la présidentielle. Son « revirement » à Gauche fait basculer les majorités du Conseil Général  de l’Oise et du conseil Régional de Picardie. Il prend la présidence du MRG et va maintenir « vaille que vaille » la flamme Radicale. En 1986 Laffolley et Palteau lancent une liste aux législatives revenues à la proportionnelle et parviennent aux 4¨%.

En 1988, le PRG participe au rassemblement «  France Unie » lancé au centre Gauche pour la réélection de François Mitterrand. Dans l’Oise le centriste Lionel Stoléru gagne la circonscription de Compiègne Sud sur cette bannière et rentre au gouvernement. En 1992 Stoléru et les Radicaux montent une liste départementale pour les élections régionales sous l’étiquette « Génération Ecologie-MRG » qui fera 8% des voix et aura deux élus : Lionel Stoléru et Gérard Philippi de Beauvais. Mais ces résultats intéressants ne seront pas suivis de travail militant : ambiguité dans le message politique et dans les alliances, Lionel Stoléru adhère au PRG en 1996 mais se désinteresse de l'Oise alors qu'il en est l'élu jusqu'en 1998.

La liste aux européennes de  1994 « Energie Radicale pour l’Europe » menée par Bernard Tapie va relancer le mouvement Radical dans une certaine modernité du message  autour de l'antiracisme, l'anti "Front National" et l'intégration des populations des quartiers défavorisés. Elle réussit des résultats remarquables dans les grandes villes, ce qui se traduira l'année suivante par une nouvelle génération d'élus municipaux issus des quartiers comme Fatima Abla à Beauvais.
 

La victoire inattendue de la Gauche Plurielle de 1997, sera l’opportunité  de relancer le mouvement Radical devenu Parti Radical de Gauche. Trois candidats seront présentés sur la liste d’union de la Gauche aux régionales de 1998. Eric Montes, secrétaire général adjoint du PRG arrivé du 93, entrera au conseil régional en 2001 et  succèdera à Raymond Laffolley à la présidence de la fédération. Un travail patient et obstiné d’implantation militante sera entrepris. En 2004, Fatima Abla rejoint Eric Montes au Conseil Régional, ils constitueront un groupe politique avec les Verts. Aux cantonales, le maire d’Hanvoile Thierry Maugez, parrainé par Raymond Laffolley, va reprendre à la Droite le canton de Songeons. Cette victoire surprise refait basculer l’exécutif du Conseil Général pour la Gauche avec une voix d’avance !

Depuis 2004, les Radicaux se sont multipliés, ont constitués des cercles dans le Beauvaisis, le creillois, le compiégnois, le Valois, le centre Oise, le plateau picard. Gregory Narzis de Beauvais a pris la présidence en 2004 puis le maire d’Auger Saint Vincent Fabrice Dalongeville en 2006 avec la même volonté de retisser le lien historique avec les Radicaux Socialistes tout en présentant une vision modernisée s’appuyant sur la jeunesse et les couches sociales les moins représentées politiquement. Aux législatives de 2007 le PRG investit Maugez à Beauvais Sud, Dalongeville dans le Valois et Montes dans le Centre Oise mais ils ne parviennent pas aux 5% des voix.
Aux cantonales de 2008, Joël Patin prend le canton de Grandvilliers et constitue avec Maugez le nouveau groupe Radical au Conseil Général, 50 années après Hersant ! Aux municipales de mars, le long travail de structuration va enfin payer et plus de quarante Radicaux vont rentrer dans les conseils municipaux : Josiane Baeckelandt prend la mairie de Froissy, des groupe d’élus Radicaux sont formés à Creil, à Nogent, à Clermont.

Au total le PRG 60 compte en 2008 deux conseillers régionaux, deux conseillers généraux, cinq maires et quarante élus municipaux, adjoints ou conseillers. Fort d’un passé riche et d’un présent encourageant, le Radicalisme dans l’Oise s’ancre de nouveau durablement dans le paysage politique local.

 

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Publié dans fil radical picardie

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