Loi Sarkozy sur l’Immigration : le réquisitoire de Christiane Taubira
Les députés ont entamé mardi 2 mai l'examen du projet de loi de Nicolas Sarkozy sur l'immigration choisie montrant les profonds désaccords entre la Droite et la Gauche.
Le ministre de l'Intérieur a appelé à transcender "les oppositions politiques frontales" sur un sujet "qui ne doit plus être tabou" au moment de présenter son projet de loi. Accusant le parti socialiste d’avoir "adopté une posture politicienne", Nicolas Sarkozy a répété la phrase qui avait donné lieu à une vive polémique, en demandant aux étrangers "d'aimer le pays qui les accueille... sinon rien ne les oblige à y rester", et a appelé les députés à se rallier à la "voie médiane" qu'il propose "entre deux extrémismes".
Alors qu’au moment où débutait le débat, plusieurs centaines de manifestants s'étaient réunis à l'appel du Collectif Uni(e)s contre une immigration jetable pour protester contre ce projet de
loi, la Gauche a vivement réagi.
Le réquisitoire de Christiane Taubira, députée PRG, contre le projet de loi a été sans concessions. Elle a lancé au gouvernement : «vous trouverez des élus pour vous soutenir dans votre exercice d’illusionnisme : ceux qui ont oublié d’où ils viennent, ceux qui oublient que les ressortissants ultramarins ressemblent beaucoup à un gibier pourchassé, ceux qui oublient que, lorsque la situation se dégrade, les ultramarins sont soumis à maintes humiliations et subissent la discrimination, ceux qui croient que seuls les enfants des autres y seront exposés, ceux qui sont pressés d’absoudre l’État de ses fautes, ceux qui sont prêts à l’exempter de toute évaluation des politiques répressives demeurées sans résultat, ceux qui l’exonèrent de ses responsabilités dans le développement de l’économie, et dans la valorisation du patrimoine forestier, minier, hydrographique et maritime. Ceux-là se contenteront de vos projections statistiques tout en sachant pertinemment que les reconduites à la frontière sont surestimées. En effet, une même personne est souvent reconduite à la frontière trois fois durant la même année. Et il n’est pas rare qu’à l’approche des fêtes de Noël, certains clandestins se livrent spontanément à la gendarmerie pour passer les fêtes chez eux ! L’objectif de 75 000 reconduites à la frontière en 2006 est donc dérisoire.», pour répondre aux députés outre-mer de l’UMP qui s’étaient succédés à la tribune pour soutenir le projet du ministre de l’intérieur.
Le débat autour de ce projet de loi se poursuivra jusqu'à vendredi, avant un vote solennel mardi 9 mai. Le gouvernement ayant déclaré l'urgence, le texte ne sera examiné qu'une seule fois par chaque assemblée.