CONTINENTAL CLAIROIX : LA TRAHISON !
Lundi 8 mars par un communiqué en anglais, la direction allemande du groupe Continental annonçait à ses 1120 salariés de Clairoix la fermeture du site l’année prochaine : consternation et colère. En septembre 2007 les salariés via leur syndicat majoritaire et la direction avaient entériné un accord pour préserver l’avenir du site en économisant 3 millions d’euros par an. Les salariés avaient accepté de revenir aux 40 heures de travail par semaine sans augmentation de salaires, de diminuer fortement leur prime de fin d’année et d’augmenter la production de pneus de 8 millions à 8,5 millions. La direction avait assuré les salariés que cet accord permettrait de préserver le site au moins jusqu’en 2012, même si elle s’est bien garder de l’écrire sur le protocole d’accord.
En fait le Courrier Picard a publié des documents confidentiels de la direction qui prouvent que dès janvier 2008, elle avait décidé de fermer le site oisien jugé moins rentable. L’accord salarial n’avait servi qu’à gratter 2,5 millions d’euros de charges sociales à l’Etat !
S’estimant, à juste titre, trahis et abusés, les salariés ont immédiatement créé un comité intersyndical de luttes refusant la fermeture et exigeant le maintien de tous les salariés jusqu’au moins 2012.
Vendredi 13, Le conseil régional de Picardie a voté à l’unanimité une motion refusant cette fermeture qui n’est pas une conséquence de la crise économique mais bien l’expression de choix stratégiques incohérents : Continental a dégagé 680 millions de bénéfices en 2008. Si l’avenir de l’industrie automobile est en débat face aux impératifs écologiques et énergétiques, les futures voitures vertes ou électriques rouleront quand même avec des pneus…J’ai exprimé au nom des Radicaux de Gauche mon indignation face à ces « patrons-voyous » et notre totale solidarité aux salariés. J’ai souligné également l’urgence d’attaquer en justice cette décision.
L’après midi le Conseil Régional a reçu l’intersyndicale, nous leurs avons réaffirmé notre soutien concrétisé par le financement des cars pour que les salariés se rendent au comité central d’entreprise à Reims le lundi 16 et pour se payer les meilleurs avocats. J’ai rappelé que nous refusons d’expliquer cette fermeture par le contexte économique et que nous nous interdisons à réfléchir à toute solution de repli ou de mesures sociales d’accompagnement. Les Continental nous ont fait part de leur colère et de leurs inquiétudes mais également de leur unité et de leur détermination. Comble de cynisme, la direction leurs demande de reprendre le travail dès mercredi 18 pour reproduire des pneus jusqu’à la fermeture : dernière preuve que la production trouve des débouchés…
Les Radicaux ne sont pas des tenants de la lutte permanente des classes et prônent une nouvelle gouvernance démocratique des entreprises ou les salariés seraient autant associés que les actionnaires aux décisions stratégiques. Mais si les protocoles d’accord signés de bonne foi par les salariés sont piétinés par des patrons malhonnêtes, c’est tout le système paritaire de dialogue social qui est remis en cause. On assisterait dans un climat de crise financière, économique et sociale à un formidable retour en arrière où seule la lutte armée entre patrons et salariés prévaudrait. Nous refusons que l’avenir des rapports sociaux dans l’entreprise soit le retour à Germinal. Pour nous l’Etat et l’Europe doivent être les régulateurs et les garants du dialogue social et de la gouvernance démocratique des entreprises.
Pour ce faire il nous faudra rester mobilisés...
Article paru dans le FIL RADICAL N°2